> INTRODUCTION

L'Oligocène provençal traité sur cette page comprend différents gisements : Stampien (-33.9 MA - 28.1 MA) des Alpes de Haute Provence (d'Apt à Manosque), et Chattien ( -28.1 MA -23 MA) d'Aix en Provence.

Il s’agit de feuilleter le livre du temps, la vie du lac, au travers des fines plaquettes calcaires appelées laminites constituant les couches fossilifères. On y trouve aussi bien des fossiles marins que terrestres : cette diversité est due au fait que des plantes et animaux vivant sur terre sont tombés et se sont fossilisés dans les lacs.

Sur cette page vous trouverez des fossiles que j’ai trouvés, d’autres que j’ai dû acheter pour compléter ma collection.

 

Couches de laminites

 

 > L'OLIGOCENE (-34 à -23 millions d'années)

Le mot Oligocène vient du grec : oligos : peu et kainos : récent.

 

Dès la fin de l’Éocène et à l’Oligocène, l’Europe connaît une distension à l’origine d’une grande déchirure de la croûte continentale: le rift ouest européen, qui produit un alignement de fossés d’effondrement (fossés rhénan, Limagnes, Bresse, Valence, Nîmes, Alès, Camargue, Manosque....) de la mer du Nord jusque dans le Golfe du Lion. Des lacs, avec localement des connexions marines, occupent ces fossés. Le meilleur exemple est la série des grands lacs Oligocènes de Provence.

 

Le climat est plus frais et plus sec qu'à l'époque précédente. De ce fait, l’environnement est modifié : des extinctions et des remplacements se produisent au sein de la faune. Suite au rafraîchissement, la flore a un caractère sub-tempéré. C’est ainsi que dominent les éléments de la flore nord-européenne associée à des espèces plus chaudes, témoins de flores antérieures ayant survécu au refroidissement.

 

La Provence à cette époque est couverte d'une série de lacs (dépressions de Aix, Apt et Manosque). Au fond de ceux-ci les limons se sont déposés sur de grandes épaisseurs, formant du calcaire en minces feuillets fossilisant faune et flore. On y découvre des poissons, feuilles, insectes, et de manière exceptionnelle ont été trouvés crocodile, oiseaux, chauve souris, grenouilles... La mer était proche et a parfois correspondu avec les lacs. Le climat était tropical, d'où une abondante flore composée de palmiers, pins, arbres à feuilles caduques...

Finalement, le massif pyrénéo-corso-sarde cède et laisse la mer s'engouffrer en Provence, recouvrant les terres qui étaient jusque là émergées. Les lacs cèdent la place à une mer chaude et peu profonde, que je vous invite à découvrir sur la page "gisement Miocène marin".

 

> FAUNE ET FLORE

 

A propos de la faune, les mammifères, du cheval au primate en passant par les éléphants commencent à dominer. Les oiseaux sont déjà diversifiés (plusieurs oiseaux ont été retrouvés fossilisés dans les dépôts des lacs). Les savanes permettent de fournir une nourriture abondante propice aux herbivores dont la taille augmente durant cette époque.
Les lacs abritent une faune marine composée d'une majorité de petits poissons.

 

Oiseau fossile, Oligocène, Provence. Crédit photo: http://planet-terre.ens-lyon.fr/image-de-la-semaine/Img266-2009-03-16.xml

 

 

Les calcaires lacustres d'Aix en Provence ont livré un matériel abondant à Gaston de Saporta. Grâce à lui la flore des gisements de l'Oligocène de Provence a été étudiée, et ce dès la fin du XIXe siècle. Alors qu'il parcourait la Provence à la recherche de plantes pour sa passion pour la botanique, il trouva en vente chez un antiquaire des feuilles imprimées dans la pierre, c'est à dire des fossiles de plantes venant des plâtrières d'Aix. Depuis cet instant il étudia les gisements et pu récolter des centaines d'espèces différentes qu'il décrivit dans des ouvrages.

 

En 1879 il écrit dans « le monde des plantes avant l’Homme » :


« Au bord du lac d’Aix se pressait une foule de conifères : pins de petite taille, thuyas africains, genévriers; parmi les formes devenues exotiques, et associées aux conifères sur les rives du lac, on remarque : les palmiers éventails aux feuilles de 1,5 m, les dragonniers qui ne vivent aujourd’hui qu’aux Canaries et les bananiers. D’autres formes aujourd’hui disparues méritent l’attention : lauriers, camphriers, canneliers. En avançant plus loin à l’intérieur des terres, on se serait trouvé en présence d’une région boisée analogue à celles d'Afrique centrale : les acacias y dominaient. 
D’autres espèces forestières nous sont connues par des débris très rares : aulnes, bouleaux, charmes, chênes, saules, peupliers, ormes, érables, frênes, assez peu éloignés de ceux qui vivent dans notre pays. Enfin les eaux étaient peuplées de plantes aquatiques comme les potamots et les nénuphars dont les fleurs s’étalaient à la surface de l’onde. Des roseaux, des massettes, des joncs, de frêles graminées et des mousses complétaient cet ensemble.
"

 

Les végétaux (feuilles, fleurs, graines, brindilles) sont arrivés dans les lacs par l'action du vent et des rivières, et une fois entraînés au fond de l'eau ont été recouverts de sédiment. Celui-ci, très fin, les a protégés de la destruction et a permit leur conservation. Il y a un très grand nombre d'espèces puisque près de 500 ont été dénombrées. Certaines plantes vivent encore en France, comme l'Aulne, le Frêne, le Pin, le Chêne... Par contre ne se trouvent aujourd'hui que dans les pays tropicaux (palmiers, Acacia) et en Asie (camphriers).

 

La flore s'organiser en cercles concentriques autour des lacs: d'abord des plantes aquatiques (algues, roseaux, nénuphars), en bordure des palmiers et une flore tropicale, puis en s'éloignant des arbres plus résistants à l'aridité comme les arbustes et les pins).

 

Fleurs: Dispyros sp, Indet, rameau floral de Cinnamonum ?
 

 

Fruits: Pomme de pin, samare d'érable, samare d'Engelhardtia, gousse de type Acacia

 

 

Feuilles: Cinnamonum (camphrier), Laurier, Pin

 

 

> LA FAUNE FOSSILE

A/ Les Poissons

 

Ci-contre, un poisson (Prolebias) en relief avec la tête en haut et la colonne vertébrale qui permettent de repérer le fossile sous la pierre. Un scalpel et de la patience permettront de le dégager.

Les espèces les plus communes sont Dapalis et Prolebias, qui vivaient dans des eaux douces ou saumâtres. D'autres espèces plus rares ont été trouvées, surtout dans les dépôts d'Aix car le lac ayant été en contact avec la mer, d'autres sortes de poissons y venaient.

Une page entière est consacrée aux poissons de ces gisements. Cliquez ici pour la visiter:  Poissons

 

 

 

 

B/ Les plumes d’oiseaux

Les plumes sont des fossiles rares car leur grande fragilité rend difficile toute conservation. D'abord, la probabilité qu'une plume tombe dans le lac est faible. Ensuite, il a fallu que malgré son faible poids elle coule et soit rapidement recouverte de sédiments pour empêcher sa dislocation. Un endroit très calme est nécessaire afin que les plumes ne soient pas disloquées.

 


C/ Les méduses

Les méduses sont les invertébrés marins appartenant à la classe des Scyphozoaires. Le corps d'une méduse adulte a une  forme de cloche, qui produit la substance enfermant sa structure interne, et où ses tentacules sont suspendues. Chaque tentacule est couverte de cellules renfermant du venin, afin de pouvoir capturer ses proies et de se défendre. Elle se compose à 95% d'eau et peuple la plupart des mers et océans du monde. Les méduses pêchent de petits poissons et le zooplancton, grâce à leurs tentacules. Leur forme n'est pas hydrodynamique, ce qui n'en fait pas de bonnes nageuses, donc elle utilisent plutôt la dérive.

Au début de leur vie les méduses sont des polypes, c'est à dire un organise fixé au sol et qui attrape sa nourriture avec des tentacules.  Ensuite elles se détachent et flottent, en prenant leur forme adulte.

Animaux très fragiles, les méduses ont du être rapidement recouvertes de sédiment, dans un milieu calme, afin de les protéger de l'air et de la putréfaction. On peut alors retrouver leurs empreintes plus ou moins complètes et détaillées.

 

Légende: a- bouche; b- bras buccal principal; c- bras secondaire; d- centre du disque buccal; e- triangle isocèle; H- cavité génitale; s- limite du milieu de la zone; v'- bordure de la zone buccale; E- bord du disque

 

On remarque la croix centrale d'où partent les bras de la bouche formant 8 zones dont 4 triangles isocèles. Cela confirme bien que les fossiles trouvés sont des méduses et non pas des traces de végétaux ou autres. Sur les fossiles retrouvés ci-dessus, seule la zone buccale est conservée: le chapeau, surement trop fragile, n'a pas laissé de trace.

 

Référence: Découverte d'empreintes attribuables à des Coelentérés Siphonophores chondrophorides dans l'Oligocène de Provence / Nel, Gill, Nury, 1987

 


D/ Les Insectes

Les gisements d'insectes fossiles sont rares, mais ils livrent généralement de nombreux spécimens d'espèces différentes. Ces fossiles sont souvent très bien conservés, et l'on peut observer les moindres détails de leur anatomie.

Les insectes ont besoin de conditions particulières. Comme pour tout fossile, la conservation est en lien direct avec la minéralisation de l'être vivant. Pour les insectes, cela concerne l'exosquelette (la carapace), qui est plus résistante car constituée de chitine. Un autre fait est que la fossilisation s'est souvent faite dans un environnement sédimentaire favorable (lac), ou encore dans l'ambre. Les insectes sont donc souvent retrouvés dans des gisements de type lacustre, tout simplement car ils vivaient dans les eaux saumâtre de lacs, ou alors ils vivaient autour du lac et venaient s'y noyer.

Pour ces derniers il est difficile de se fossiliser : en effet un insecte  aura du mal à couler vu son faible poids, et il ne devra subir aucun mouvement marin (transport) sous peine d'être transformé en miettes (décomposition, désarticulation...).

Quand les insectes arrivent sur le fond, ils doivent rapidement être recouverts de sédiments, sinon ils risquent une décomposition. Divers procédés chimiques, tel la teneur en oxygène, sont importants là aussi.

Ci-dessous: larve de libellule, Plecia sp (abondant), Tipulidae, Hymnénoptère, Coléoptère, Araignée.

 


 

 

 

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